Les relations de l'enfant et du chien : une belle relation à encadrer
Les images d’une
famille heureuse et épanouie montrent généralement un ou deux bambins jouant au
ballon sur une pelouse verdoyante, avec soleil, fleur
s
colorées, et un beau chien à leurs côtés. Certes, des milliers de familles
vivent ce type de situation. Mais il en est d’autres, qui rencontrent des
difficultés parce qu’elles ont du mal à gérer la présence d’un chien et la
présence de leur enfant.
Pour commencer, abordons la grossesse de la maman ou le temps d’attente avant l’arrivée d’un enfant adopté.
Du côté des humains
Il arrive fréquemment, et fort logiquement, qu’un couple sans progéniture surinvestisse émotionnellement son chien, lui consacrant tout son temps libre, l’emmenant en vacances, veillant à son bien-être, l’alimentant du mieux possible et lui faisant faire tout l’exercice qui lui convient (voire plus que ce qui est nécessaire).
Un jour , l’envie d’avoir un enfant se fait sentir et se concrétise.
Les futurs parents sont à présent tournés vers un nouveau projet, leurs préoccupations évoluent, ils ont déjà moins de temps et d’attentions pour le chien. Ils s’inquiètent désormais de notions telles que l’hygiène de l’enfant avec la présence d’un animal, les possibles accidents domestiques qui y sont liés, le lieu de couchage du bébé qui viendra peut-être envahir l’espace occupé par le chien, la question légitime de la concurrence entre eux deux (…), qui sont autant de soucis auxquels ils doivent faire face.
Du côté du chien
Le chien, lui, s’accommode plus ou moins facilement des changements qui s’opèrent. Les promenades sont espacées ou raccourcies, les maîtres passent plus de temps à imaginer l’arrivée du nouveau membre, et donc, ne se consacrent plus autant à lui qu’avant.
Son exubérance est parfois réprimée (on a autre chose à faire que de s’occuper de lui !), et même, il agace lorsqu’il demande les mêmes droits qu’avant (caresses, jeux, gourmandises…) !
La
venue de l’enfant approche...
L’arrivée de bébé ne fera que confirmer ce changement qui s’est opéré dans la relation des maîtres vis-à-vis du chien. Il est donc souhaitable que les futurs parents aient préparé progressivement l’animal à moins d’interactions, pour lui apprendre cette nouvelle habitude : recevoir moins d’attention.
Le grand jour se prépare, le couple se prépare pour accueillir le nouveau-né ou chercher l’enfant adopté.
Cette absence parfois longue de ses êtres d’attachement, souvent précédée d’un départ précipité, représente à nouveau une perturbation du contexte de vie habituel du chien (comme de ses maîtres d’ailleurs).
Pour lui permettre de faire face à ce nouveau stress le mieux possible, il sera nécessaire de garder toutes les autres habitudes de Milou durant cette période de transition, en termes de promenades, d’horaires de nourriture et de lieux de repos.
Retour à la maison avec bébé
Au moment de rentrer à la maison avec le nourrisson, il est souhaitable de permettre la rencontre tout en restant parfaitement vigilant. Evidemment on ne laissera pas le bébé seul par terre à la disposition du chien ! Un adulte pourra tenir l’enfant dans les bras et laisser l’animal s’approcher pour le sentir. Si Milou est un chien calme, on peut le laisser venir tout en étant attentif à un éventuel débordement ! Par contre, s’il est jeune, ingérable et/ou surexcité, il faudra qu’il soit tenu en laisse et gardé son contrôle par un adulte pour parer à tout comportement intempestif.
Un petit coup de langue sur la peau de bébé ne serait pas catastrophique, en revanche un coup de dent ou de griffe pourrait laisser un marque à vie.
Gardons à l’esprit que plus on empêche le chien de venir identifier par flairage ou léchage le nouveau venu, plus on attise sa curiosité et sa motivation à l’approcher.
Les
premiers jours à la maison
Le nourrisson a besoin de soins et d’attention permanents. Il produit des sons qui peuvent agresser les tympans. Les humains s’en accommodent, les animaux peuvent en souffrir.
La responsabilité des propriétaires est de protéger le chien, celle des parents est de veiller sur leur enfant. Il sera donc peut-être nécessaire d’isoler le chien aux moments stressants pour lui, quand le bébé pleure par exemple, ou quand la famille vient s’extasier devant le nouveau venu, et apporte des cadeaux à déballer. Toute cette excitation n’est pas facile à gérer, et si le chien se met aussi à bondir, ce sera difficile pour tout le monde.
Quand l’animal se met à s’agiter, tourner dans l’habitation, attraper des objets (etc.), aboyer, c’est qu’il est perturbé. Il faut donc veiller à son apaisement, en lui proposant de rester au calme jusqu’au moment où on pourra à nouveau lui proposer un environnement serein.
Participer aux activités quotidiennes tout en veillant à la sécurité
On pourra permettre au chien de rester aux côtés de ses maîtres quand ils nourrissent, lavent, habillent, ou changent la couche de bébé. Ces autorisations de séjour aux côtés de la famille, lui prouveront (et il en a besoin !) qu’il fait toujours partie du groupe. Néanmoins on ne laissera jamais, et sous aucun prétexte, l’enfant et le chien tous seuls.
Bébé découvre le monde, que vit le chien ?
Le nourrisson acquiert toujours plus de compétences sensorielles, interagit avec son environnement, découvre ses capacités motrices et sociales. Il se rend compte qu’en émettant certains sons, cela fait réagir autour de lui : ses parents interviennent pour lui donner ce dont il a besoin, et même le chien s’active ! Que ce soit pour quitter la pièce, se montrer attentif ou venir au contact, ils sont en communication.
Au-delà du soin qu’on accorde légitimement au bébé, il faut aussi tenir compte de la nécessité de protéger les animaux des stress qu’ils pourraient subir. On veillera toujours à laisser une possibilité au chien d’échapper aux stimuli susceptibles d’être ressentis comme une agression, depuis les vocalises (voire hurlements) de bébé affamé ou en colère, jusqu’à ses tentatives pour se hisser sur ses jambes… en s’accrochant à ses poils !
Que vit le
chien ?
Bien entendu, il s’agit aussi de surveiller le chien : il identifie parfaitement l’enfant comme tel, et peut être tenté de lui appliquer ses propres règles (canines !). On voit de nombreuses vidéos sur Internet de parents attendris ou hilares devant le comportement du chien vis-vis de leur progéniture. Malheureusement, certains scénarii pourraient inciter le chien à gérer les interactions, défendre fermement son jouet, sa nourriture ou son panier.
Dans les codes sociaux des chiens, en empêchant l’autre de se mouvoir librement, on a le contrôle sur lui. Il peut donc tout à fait arriver que le chien cherche à monter sur le bébé qui rampe ou à le faire cesser lorsqu’il émet des sons dérangeants, en posant la patte sur lui ou en le léchant. Encore une fois, il ne s’agit nullement de dérives comportementales mais d’attitudes… de chiens, justement ! Il ne peut pas savoir que les humains tolèrent des choses qu’en tant qu’animal, lui, il chercherait à encadrer.
Prenons en compte le fait que nous n’avons pas les mêmes vues sur l’éducation de nos jeunes, et qu’un chien peut avoir un comportement qui nous déplaise, sans que celui-ci soit anormal. Aux adultes de veiller !
Le bébé dont nous avons longuement parlé est maintenant un bambin plein de vie, qui va à l’école, se fait des amis et apprend à vivre en société.
La relation que les parents ont avec leur chien va être sensiblement la même que celle que l’enfant aura avec lui : s’ils sont sévères ou violents, calmes ou affectueux, respectueux ou autoritaristes, il le sera aussi.
En premier lieu, se gérer soi-même
Attention, les comportements qu’il observe sont reproduits par l’enfant, parfois avec maladresse, et le chien pourrait en souffrir. Par exemple, si vous flattez le chien avec des petites secousses sur son flanc sous les yeux du petit, il pourrait faire de même, mais plus fort que vous et à un autre endroit (une tape sur la tête, pourquoi pas) ! L’animal aurait des raisons de ne pas être d’accord et de le manifester.
Il est donc absolument indispensable que les adultes qui vivent au quotidien donnent l’exemple, en veillant à leurs propres attitudes.
Attention aux petits tyrans !
Il faudra
aussi garder à l’œil les tentatives des enfants qui cherchent à affirmer leur
pouvoir et éprouvent les réactions de leur entourage. Le bambin pourrait donner
des ordres à son chien, vouloir le promener seul, faire des démonstrations pour
impressionner ses amis, et même lui reprendre l’os qu’il est en train de ronger…
juste pour voir comment le chien fait face à cela.
Rappelons-nous qu’un chien identifie parfaitement les enfants comme des êtres juvéniles (non adultes) et que, dans sa vision canine, il n’a pas à se conformer aux ordres d’un individu immature. Il faudra donc éviter, si on ne veut pas créer de malaise, d’inconfort, voire d’anxiété, de placer l’enfant en leader du chien.
Quoi que l’on en pense, cela ne fait pas partie des codes canins !
Une formidable occasion pédagogique
Avoir un animal permet à l’enfant de se responsabiliser, de grandir, de s’appliquer, de persévérer devant la difficulté, de gérer ses émotions et son éventuelle colère de ne pas arriver à ses fins avec le chien.
Toutefois, quelles que soient les activités que l’on confie à un enfant (brosser l’animal, le promener, le nourrir, lui faire faire des exercices, etc.), elle doit toujours se faire sous la surveillance d’un adulte. Laisser un enfant seul, même avec le chien le plus docile du monde, relève de l’inconscience et fait courir un danger tout à fait évitable avec un minimum de vigilance. Pour une complicité optimale entre votre chien et votre enfant, restez celui qui gère la situation.
L'adolescence de l'enfant : les risques évoluent
A l’adolescence, les garçons produisent de la testostérone en grande quantité. Des tensions sont susceptibles de voir le jour avec le chien mâle qui, identifiant ce changement hormonal, peut craindre un nouveau rival dans la sphère familiale. L’adolescent peut générer des tensions chez le chien sans le savoir.
D’autre part, après avoir été le meilleur ami de l’enfant, son partenaire de jeux, son faire valoir devant les copains, son confident, son entraîneur sportif et parfois son souffre douleurs (voir articles précédents), le chien peut être mis à l’écart.
Les préoccupations (légitimes !) de la part du jeune sont à présent orientées vers ses amis, sa place dans la société, ses études, sa musique, son ordinateur, ses activités sportives, etc. Alors que Milou l’accompagnait partout où c’était possible, il est maintenant indésirable à certains moments et laissé à la maison.
Equilibre émotionnel rompu
Le moral de l’animal peut souffrir de ces changements aussi inattendus que déstabilisants. Rappelons que les chiens ont besoin de présence et d’échanges avec leurs congénères et amis humains. Se retrouver soudain délaissé, livré à lui-même, avec peu de diversité dans son quotidien, peut rendre Milou triste voire apathique.
Restant vigilant au sujet d’éventuelles tensions consécutives au statut hormonal de l’adolescent, il est aussi souhaitable que quelqu’un prenne le relais du jeune qui a d’autres choses à vivre. Le chien aussi a des émotions et des besoins. Il faudra veiller à lui procurer des promenades, des jeux, des stimulations pour entretenir sa forme et son moral.
Besoin de liberté et responsabilité
Les relations entre les chiens et leurs jeunes propriétaires ne sont pas toujours aussi délicates !
De nombreux jeunes propriétaires sont conscients de leur responsabilité et heureux de mener des activités avec les chiens : jeux d’agilité, promenades aussi fréquentes que possible, toilettage et brossage, alimentation, ils amènent leurs chiens dans leurs sorties lorsque c’est possible.
Le rôle de meilleur ami est alors maintenu, et l’on sait qu’à l’adolescence, un soutien moral est capital au jeune humain pour traverser cette période riche en bouleversements. Du point de vue du chien, une attitude constante est facteur de stabilité émotionnelle, donc apaisante, rassurante, sécurisante.
Texte de Laurence Bruder Sergent, illustrations de Lisa Isirdi