Etre comportementaliste
Le métier de comportementaliste, né il y a une vingtaine d’années, s’est répandu à grande vitesse dans le paysage cynophile. Aujourd’hui, sa place aux côtés des vétérinaires, éducateurs/dresseurs, et éleveurs se fait plus concret.
Je vous propose de faire un état des lieux précis de son domaine de compétences et de son terrain d’actions.
Ce spécialiste des relations entre l’Homme et le Chien doit avoir à la fois connaissance de la psychologie humaine et de l’éthologie canine. Cela signifie qu’il ne s’intéresse pas qu’aux chiens mais aussi à leurs maitres et ne se limite pas à l’une ou l’autre espèce. Il s’attache à comprendre comment un mode relationnel particulier peut générer des incompréhensions entre l’un et l’autre. En effet : c’est parfois le propriétaire qui est responsable des problèmes de comportements de son animal, parce qu’il ne comprend pas la manière dont son chien fonctionne. L’inverse est aussi vrai : certains maîtres font tout ce qu’il faut pour que le chien ait sa place dans la famille, mais c’est parfois ce dernier qui ne parvient pas à s’adapter à ce qu’on lui propose.
C’est alors qu’il convient de se faire aider pour que chien et propriétaire trouvent ou retrouvent une relation harmonieuse, et c’est le travail du comportementaliste.

Différences avec les autres professionnels
Alors que l’éducateur canin apprend la bonne exécution d’un ordre au chien (marche en laisse, retour au rappel, positions d’attente, etc.) et que le vétérinaire s’occupe de sa santé physique, le comportementaliste considère la famille homme-chien dans son ensemble.
Il n’y a pas un chien isolé, il y a tout un groupe ! Même dans le cas d’une personne qui vit seule avec un animal, il s’agit déjà de plusieurs individus qui cohabitent . C’est ce que l’on appelle la systémie : le comportementaliste tient compte de tous les éléments du groupe, puisque les comportements de chacun ont des répercussions sur ceux des autres.
Comment travaille un comportementaliste
Il pourra venir à votre domicile ou vous recevoir à son bureau, les méthodes ne sont pas figées. Durant au moins 1h30, vous échangerez dans le calme et le respect.
Pour mieux apprécier votre situation, le comportementaliste vous demandera de lui expliquer ce qui vous préoccupe chez votre chien, avec les précisions nécessaires sur les événements liés de près ou de loin au problème. Il a besoin de recueillir l’histoire de votre chien, son rythme de vie à vos côtés et ses traits de caractère.
Une fois son idée faite sur votre problématique, il vous expliquera ce qui, d’après lui, génère la situation rencontrée, et vous définirez ensemble une stratégie d’amélioration.
Il est indispensable que le maître ait conscience que les comportements du chien n’évolueront que si lui-même change sa manière de se comporter. Nos chiens nous observent en permanence, ils s’adaptent à nos attitudes, c’est donc à nous, en premier lieu, de veiller à nos conduites si l’on veut qu’ils fassent évoluer les leurs.
Une nouvelle manière de gérer le ou les chien(s) sera expliquée et ce sont les maîtres qui mettront en œuvre le changement.
On ne se repose ni sur le dressage, ni sur les médicaments, sauf dans certaines circonstances (mais c’est le vétérinaire qui en décide en accord avec ses clients, et en aucun cas le comportementaliste).
Précision d’importance : Il ne vous sera jamais imposé quoi que ce soit, la base de notre travail est de dialoguer et de trouver ensemble une méthode qui satisfasse tout le monde.
ATTENTION : les conseils sont donnés en fonction du contexte de vie de toutes les personnes et du chien qui vivent ensemble. Il ne s’agit pas d’une grille ou d’un protocole qui se déroule toujours de la même manière ! Si vous discutez avec votre belle sœur qui a vu le même comportementaliste que vous, elle aura peut-être reçu d’autres avis. Cela ne doit pas vous inquiéter, c’est juste la preuve que le comportementaliste tient compte des individualités et adapte ses conseils.
Le comportementaliste saura vous indiquer s’il est nécessaire d’envisager un second entretien. Certaines problématiques sont en effet rapidement résolues, d’autres prennent plus de temps ; cela dépend des motivations et des capacités d’ajustement des uns et des autres. Le rendez-vous suivant consistera à faire le point sur ce qui a fonctionné et ce qui doit être corrigé. Chaque situation est différente et ce qui est opérant pour l’une, ne fonctionne pas forcément pour une autre. Il faudra alors tenir compte des réactions de la famille et du chien.
Généralement deux entretiens suffisent lorsqu’il s’agit d’un problème relationnel mais certaines personnes souhaitent être accompagnées plus longtemps. Le comportementaliste interviendra tant que l’on aura besoin de lui.
Ce qu’un comportementaliste n’est pas
Comme dans toutes les professions, il y a des méthodes qui varient dans la manière d’aborder le client, le chien, et même dans la tarification des prestations.
Sachez néanmoins qu’il existe un code de déontologie des comportementalistes et que, pour ce professionnel de la relation d’aide, certaines pratiques sont inacceptables :
Le comportementaliste ne décide pas à votre place de ce qui est bon pour vous
Le comportementaliste ne juge pas ses clients, il s’abstient de faire part de son opinion quand celle-ci ne fait pas avancer la problématique
Il accompagne les clients qui ont sollicité son aide, il n’est ni juge ni moralisateur
Il s’interdit d’imposer à ses clients ce qui ne correspond pas à leur demande
Certaines personnes vivent mal le fait de ne pas avoir de contrôle sur leurs chiens, il est donc nécessaire qu’une certaine discrétion soit respectée, pour ne pas heurter leur sensibilité. Il est évident qu’arriver chez le client au volant d’une voiture bariolée de signes distinctifs peut aller à l’opposé de ce critère. On peut comprendre que le client soit inquiet de la réaction de ses voisins ! La sérénité et la confidentialité avec le comportementaliste qui devraient régner durant leur conversation seront donc difficiles, voire impossibles à installer. L’entretien est généralement propices aux confessions et il est indispensable de savoir que ce qui est dit et entendu ne sera pas raconté à d’autres personnes.
Le comportementaliste veillera donc à instaurer un climat de confiance, il respectera les émotions de ses clients et de leur animal, mais le propriétaire aussi à un rôle à jouer : il doit s’investir pour le changement et accepter de se remettre en question.
Si chacun montre sa motivation à faire évoluer la situation, il y a peu de problèmes insolubles.
pour le magazine ATOUT CHIEN de décembre 2008