L'agression

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Dans chaque conduite agressive, il y a TOUJOURS une cause, un déroulement, une fin. Une agression n’est pas le résultat obligatoirement d’une pathologie.

L’agression est le fait de porter atteinte à l’intégrité physique ou psychique d’un autre être vivant

" s’il a agressé, c’est parce qu’il est malade ", "s'il a agressé, il agressera à nouveau" etc. . On entend souvent ces phrases inexactes, qui ont comme suite, au mieux l'administration de psychotropes, au pire l'euthanasie du chien. Les dérives en découlent : on appelle les conduites agressives "troubles du comportement" ou même "pathologie" ! : et le propriétaire de dire "c’est pas de sa faute, c’est parce qu’il est malade !". Alors on le soigne, on le médicalise, on lui donne des psychotropes. Voilà qui est bien confortable....le propriétaire n'a pas eu besoin de se remettre en cause.

Agir ainsi, c'est considérer comme anomalie, maladie, pathologie, ce qui ne l’est pas.

Lorsque l'on donne des psychotropes à un chien, il y a intervention directe sur le cerveau, sans s’attaquer aux causes de l’agression. Or, on ne peut pas droguer un chien à comprendre. 

Vous l'aurez compris, un comportementaliste ne recommande pas l'utilisation de psychotropes pour régler des problèmes liés à l'agression. Il recommande plutôt l'examen des circonstances des comportements agressifs, de la situation familiale, du vécu de l'animal, de même qu'un examen de la santé du chien par le vétérinaire, afin de s'assurer qu'aucune maladie ne provoque le comportement gênant. Pour autant, cette seule consultation médicale n'est pas suffisante, à nos yeux.

L’agression n’est pas pathologique ni inutile : elle sert à préserver l’individu, même dans le cas d’un comportement de prédation (le prédateur agit pour sa survie)

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Une agression se déroule en 3 phases : la menace, la morsure, l’apaisement.

L'éthologiste Moyer a établi une classification des différentes formes d'agression (1969) :

- l’agression entre mâles : elle est presque toujours liée à la hiérarchie -> alpha impose son rôle d’alpha (voir la Hiérarchie). Jamais l’agression hiérarchique n’est faite pour tuer : alpha n’a aucun intérêt à tuer ses dominés.

- l’agression entre femelles : se produit surtout quand il s’agit d’une chienne gestante ou en période d’œstrus, qui supporte mal la présence d’une autre femelle. Il s’agit d’autorégulation du nombre d’individus dans un espace restreint avec aussi une nourriture restreinte. Chez les chiens domestiques, elles peut se produire et être très grave, mais les agressivités entre mâles sont beaucoup plus répandues.

- l’agression par peur : l’agression par peur est la cause la plus fréquente de morsure, elle est liée au franchissement de la distance critique et l’impossibilité de fuir (description faite par Hedigger). Le sujet a autour de lui une zone personnelle dans laquelle il peut tolérer l’approche d’un autre être jusqu’au contact, à condition qu’il ait déjà été identifié, ou une femelle en période d’œstrus (n’est pas perçue comme une menace pour un mâle). Cette zone personnelle est très fluctuante, en fonction du sujet, de son état émotionnel, du contexte -> la zone personnelle varie selon l’individu, son histoire, etc.
Autour de cette zone personnelle, il y a la zone d’évitement -> on peut avoir un contrôle sur l’approche -> le sujet va décider d’accepter, de se soustraire ou d’éjecter l’autre individu. C’est la distance critique, dans laquelle il décide de tolérer ou pas la présence de l’autre. Cette zone est, elle aussi indispensable, et variable en fonction de l’individu.

Quand un individu inconnu franchit rapidement la distance critique, il va y avoir une réaction chez le sujet -> il va devoir adopter un comportement d’adaptation rapidement. Il a plusieurs choix possibles pour rétablir la distance critique :
       

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la fuite : le sujet rétablit la distance critique en fuyant

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la menace : il essaie de faire fuir celui qui a franchi la distance critique ->  il rétablit la distance critique si la menace est efficace

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l’immobilisation / inhibition : certains animaux adoptent une tactique d’immobilisation totale, attitude de part leur morphologie des animaux très lents

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l’agression : si la menace n’a pas fonctionné

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Le cas particulier du chien familier :

Lorsque le chien est en laisse, si la distance critique est franchie, une des adaptations est impossible : la fuite. Beaucoup de gens pensent que leur chien est agressif, alors qu’il l’est parce qu’il est en laisse. Il menace, parce qu’il ne peut pas fuir.
Ils en concluent que leur chien est agressif alors que c’est parce qu’il est attaché qu’il est agressif.
Idem en voiture, la fuite est impossible -> il menace pour faire cesser l'"agresseur".

Note : le dressage au mordant part de l'exploitation de la peur : attaché, soumis à des stimulus et aucune possibilité de fuite, le chien menace -> l’homme d’attaque recule -> on renforce le comportement du chien. On fait donc l’exploitation de l’agression par peur dans le dressage au mordant ou de la garde d’objet -> le chien est attaché, maintenu puis menacé par quelqu’un.

- l’agression par irritation : la cause est la douleur -> il agresse parce qu’il souffre. Ce n’est pas forcément qu’on le maltraite, il peut souffrir d’arthrose ou d’arthrite. Exemple d’un enfant qui arrive en courant : le chien âgé sait qu’il ne peut pas se déplacer vite car il a mal –> il ne peut donc pas fuir -> l’agression est inévitable. On peut conseiller aux parents de veiller aux déplacements de l’enfant plutôt que du chien qui, lui, ne fait que produire une réponse au comportement de l’enfant.

- l’agression territoriale : défense d’une partie du territoire, du biotope sur lequel on peut vivre, se nourrir, se reproduire: un territoire, cela se protège ! Cette agression spécifique vise donc à expulser d’un territoire un individu qui serait en surnombre. Un territoire de chasse, donc de nourriture, cela se préserve. 

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- l’agression maternelle : c'est le cas par exemple d’une femelle dont les petits sont menacés : l'agression de la part de la chienne est une réaction de survie de l’espèce. Souvent les gens sont surpris des changements de comportement de leur chienne qui a mis bas, c’est possible, du fait de la protection des petits. Regards de menace, elle surveille, va éventuellement jusqu’à l’agression.

- l’agression instrumentale ou morsure instrumentalisée : l’animal a appris que la morsure est utilisable comme instrument efficace pour éviter une situation désagréable, pour faire face aux difficultés qu’il rencontre. S’il a compris qu’en mordant, la douleur ne se reproduit pas, il apprend à anticiper : il mord avant la douleur. Dans le mordant par exemple, on ne tolère pas une autre réponse que la morsure -> on fait passer au second plan la morsure inhibée. Au contraire on demande au chien de mordre "bien" : ne pas lâcher, de mordre le plus fort possible.
Cette agression implique nécessairement un apprentissage (le chien a appris cette conduite)

- les catégories à part de la classification de Moyer : la frustration ou la privation qui peuvent déclencher une morsure par irritation

Si vous souhaitez en apprendre  plus, je vous recommande l'œuvre de Konrad Lorenz "L'agression"

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