Comment expriment-ils ce qu'ils ressentent ?
extrait de mon livre "mon chien, c'est
quelqu'un de bien"
Nos chiens n’utilisent pas les mots pour
« dire » ce qu’ils pensent ou ce qu’ils vont
faire les instants qui suivent. Ils ont leur
propre manière de communiquer et d’exprimer
leurs émotions.
Naturellement, les chiens ne veulent pas faire de mal à leur famille, ils n’ont aucun intérêt à se bagarrer avec les membres de leur groupe : s’il n’y a pas de cohésion dans le groupe mais des heurts perpétuels, c’est l’extinction de tous.
Ne croyez pas que les comportements agressifs sont fréquents chez les canidés, au contraire : ils font tout pour les éviter. Ils communiquent pour signifier aux autres qu’ils ne cherchent pas la confrontation, mais aussi pour exprimer leurs émotions ou pour défendre, en cas de menace, ce qui est important pour eux (eux-mêmes, les chiots, la nourriture, le territoire).
Ainsi, lorsqu’un chien adopte un comportement agressif envers l’humain ou indésirable, c’est qu’il ressent sa manière d’agir comme menaçante ou inquiétante. Si nous nous comportons bien avec lui, il n’a aucune raison d’être agressif. Mais si nous lui imposons de faire quelque chose qu’il n’aime pas ou ne veut pas faire, il va tenter de nous signifier graduellement qu’il n’apprécie pas notre demande. Les chiens peuvent fort bien s’habituer aux choses qu’on leur fait faire alors qu’ils n’y voient pas d’intérêt, mais parfois ils détestent cela et à force d’essayer de nous faire cesser sans succès, ils peuvent en arriver à développer des problèmes de comportement[1] ou devenir agressifs[2].
Turid Rugaas appelle « signaux d’apaisement »[3] les postures, regards, mimiques et mouvements que les chiens produisent quotidiennement pour s’auto calmer, pour apaiser une situation tendue, exprimer leurs intentions pacifiques ou encore pour faire comprendre à l’autre individu en présence qu’ils sont dans un état émotionnel inconfortable.
Il y a intention communicante car les chiens signifient à leur vis-à-vis qu’ils vont bien ou mal, qu’ils se sentent menacés, qu’ils ne veulent pas se battre, qu’ils n’apprécient pas la manière dont on s’approche d’eux ou encore, que si celui qui est en face n’arrête pas tout de suite ce qu’il est en train de faire, cela va mal se passer.
Les chiens émettent aussi ces signaux envers les humains, alors que nous sommes d’une espèce différente de la leur. Ils ne connaissent que ce langage et probablement supposent-ils (malheureusement à tort) que nous le comprenons. Ils l’utilisent d’ailleurs avec les autres espèces, et cela peut prêter à confusion, par exemple lorsqu’un chien adopte la position d’appel au jeu devant un chat, qui ne perçoit pas du tout l’intention.
En apprenant à observer et interpréter correctement certains indices que votre chien vous adresse, vous comprendrez mieux ses attitudes, notamment celles qui vous surprennent.
En effet, lorsque nous ne percevons pas les signaux que le chien nous envoie, lorsque nous nous trompons dans leur interprétation, ou pire, si nous le punissons pour les avoir émis, nous pouvons commettre de gros dommages. Certains chiens vont cesser d’émettre ces avertissements puisque personne ne les comprend, quand d’autres malheureusement, peuvent devenir nerveux, angoissés, voire agressifs.
Le pouvoir auto-apaisant de ces « calming signals » est alors perdu.
Lorsqu’il s’agit de chiens en évolution libre, les signaux sont relativement bien identifiés et respectés par tous, à condition de se trouver en présence d’individus équilibrés et correctement socialisés à leur espèce (voir chapitre le développement comportemental du chiot).
Ce langage canin est universel, un chien japonais comprendra la signification du signal émis par un chien africain, américain ou européen.
Toutefois, je rappelle que quel que soit leur pays d’appartenance, les chiens qui n’ont pas été sociabilisés correctement à l’espèce chien ou qui ont été séparés trop tôt de leur fratrie, n’auront pas appris le langage canin et auront du mal à se faire comprendre et à comprendre les autres individus.
Voici quelques exemples de signaux d’apaisement qui peuvent être utilisés entre chiens (pour se calmer soi-même ou apaiser l’autre) ou en interaction avec un humain :
- Le bâillement : le chien peut se mettre à bailler et éventuellement s’étirer :
o lorsqu’il est dans la salle d’attente du vétérinaire et qu’il est inquiet,
o lorsque quelqu’un marche directement face à lui,
o lorsque son propriétaire lui demande de faire quelque chose qu’il n’a pas envie de faire
o lorsque la séance d’éducation dure trop longtemps,
o lorsque son maître lui interdit de faire quelque chose,
o lorsqu’il essaie de calmer un autre chien (ou un humain) qui s' approche et dont il ne connaît pas les intentions,
o mais aussi lorsqu’il est excité, impatient et joyeux (au moment de prendre son collier et sa laisse pour l’emmener en promenade par exemple, le bâillement peut alors être « sonore » )
N’oubliez pas que chaque chien est différent : si certains se mettent à bailler, d’autres choisiront un autre signal d’apaisement.
- Détourner la tête, le regard : le chien peut simplement tourner la tête de côté ou se retourner complètement de façon à présenter son postérieur. Ce signal est très fréquemment utilisé des chiens, comme le bâillement et l’étirement. Quand quelqu’un s’approche du chien de face ou rapidement, quand ce quelqu’un lui parait inquiétant ou agressif, quand son maître va le gronder, quand vous faites des séances d’exercices trop longues, quand il est surpris (il va alors se tourner brusquement), il peut choisir ce moyen de communiquer. Le mieux est de cesser votre propre comportement et de détourner le regard vous aussi, pour l’apaiser et lui faire comprendre que vous avez saisi son malaise.
Entre deux chiens, ce signal est très efficace :
il a pour but de s’apaiser soi-même et de calmer
l’autre. C’est donc un bon moyen d’éviter les
conflits.
Ce signal peut aussi être utilisé lorsque quelqu’un s'approche du chien et qu’il ne veut pas établir de contact, ou quand il perçoit l’approche comme instable ou inquiétante. Certains enfants arrivant très vite vers le chien, ou rampant vers lui pour le caresser alors qu’il est lui-même couché (donc se repose) peuvent le faire stresser. Le chien va alors tourner la tête ou regarder ailleurs, c’est une manière de « dire » qu’il n’apprécie pas la manière dont on arrive sur lui.
Quand je rencontre un chien qui adopte cette attitude ou qui reste volontairement à distance de moi, je ne l’oblige surtout pas à accepter mes caresses ou à supporter mon regard, je me comporte comme s’il n’était pas là. J’attends qu’il fasse de lui-même la démarche de venir vers moi. S’il ne la fait pas, ce n’est pas un problème, il n’est pas forcé d’avoir envie de mes caresses ! Il faut lui laisser la liberté d’être touché quand il le veut bien, pas quand on le décide.
Variante : se tourner pour présenter son postérieur : Peut servir à calmer l’excitation des chiots qui gesticulent ou pour s’exclure de la séance de travail trop longue. Ne croyez pas qu’il ne fait pas attention à ce qui se passe, au contraire ! Il est très attentif.
- l’immobilisation : le chien peut s’immobiliser lorsqu’il ne se sent pas à l’aise dans une situation : il ressentir de la peur (si on crie, si on est agressif, si on l’inquiète, s’il voit approcher un autre chien, si on veut le brosser et qu’il n’aime pas cela, etc.) et a besoin d’adopter ce comportement, dans un premier temps, pour se calmer, en attendant que celui d’en face s’en aille, et aviser.
Il peut aussi évoluer selon différentes séquences comme marcher lentement, puis s’arrêter, s’asseoir, attendre quelques secondes puis se relever, se coucher en tenant la tête bien droite (en sphinx), se relever et rester immobile, et ainsi de suite.
- Approcher lentement, faire des mouvements lents : les chiens peureux, inquiets ou mal à l’aise peuvent utiliser ce mécanisme de défense qui a un effet calmant et rassurant sur eux-mêmes et sur les autres.
En approchant ainsi, le chien signifie qu’il ne vient pas chercher les problèmes, mais aussi qu’il est mal à l’aise et quelque peu inquiet.
- avancer de biais : Certains chiens contournent lentement une situation qu’ils veulent commencer par évaluer, ils peuvent incliner légèrement la tête, s’approchant de biais en même temps que leur regard parcourt les lieux pour recueillir un maximum d’informations sur l’environnement.
On peut le voir notamment lorsque deux chiens se croisent et qu’ils ne peuvent échapper à la promiscuité : ils vont essayer de s’écarter au maximum l’un de l’autre, se contourner, se jauger. Comme deux judokas avant le combat : ils s’observent, se tournent autour et…. se mettent soudainement à jouer ou à se battre.
Les humains ont tendance à vouloir « forcer » les chiens à faire connaissance en les amenant face à face, ce qui peut être très inquiétant pour un chien.
S’ils ne sont pas en laisse, c’est donc en avançant de biais qu’ils pourront choisir de s’approcher l’un de l’autre, de manière à donner une information apaisante et à s’auto calmer face à une situation inquiétante.
Certains chiens vont faire de grandes courbes en avançant lentement, et d’autres des petits écarts. La meilleure attitude est de laisser le chien libre de ses mouvements afin qu’il puisse établir la distance qui le rassure et le sécurise.
Si vous devez vous approcher d’un chien qui ne vous connaît pas ou qui est terrorisé, essayez d’adopter cette attitude apaisante, ne l’abordez pas de front, en face à face mais contournez-le lentement, en ayant une attitude amicale la plus apaisante possible (évitez de faire tournoyer votre sac à main au dessus de votre tête, Madame !).
Lors des rencontres entre chiens, il peut arriver que certains chiens se jaugent, se contournent lentement. Il ne s’agit plus vraiment d’un signal d’apaisement mais plutôt d’une observation de l’autre, une façon de le jauger et de décider s’il est un rival potentiel ou non.
- renifler le sol : il peut renifler le sol tout en levant les yeux devant lui ou regardant sur le côté, à l’approche d’un individu ou d’un objet inconnu, dans les endroits bruyants et stressants, dans un groupe de chiens en évolution libre (sans être attachés), lorsqu’il marche dans la rue en laisse. Cette attitude ressemble à une activité de substitution (chez les humains, cela reviendrait à se ronger les ongles, jouer avec ses cheveux, faire des mots croisés […] tout ce qui peut distraire d’une inquiétude ou d’un stress) qui a pour but le rétablissement d’un confort intérieur.
- le « sourire » : certains chiens montrent les dents comme s’ils souriaient. On dirait un rictus, les lèvres sont étirées vers l’arrière. Le regard peut être dévié sur le côté.
- le léchage du visage de l’humain, mettre son museau dans son cou, ou léchage des babines d’un autre chien.
Par exemple, quand on prend le chien dans les bras en pensant lui faire un câlin. Il peut lécher le cou ou le visage puis détourner la tête. Il est en train de dire « okay, bon, maintenant, tu me poses, d’accord ?
- Les battements de queue : sont utilisés pour exprimer les émotions[4] (la joie, la peur, l’invitation à jouer, etc.), éventuellement calmer un autre individu perçu comme inquiétant
- se coucher sur le dos en présentant son ventre : fréquemment interprétée comme une marque de soumission, cette attitude peut aussi avoir pour effet de montrer son intention non agressive et a un pouvoir auto apaisant. Lorsqu’un chien se couche ainsi, il s’attend à ce que rien ne se passe. De son point de vue de chien, on ne lui fera rien, il est intouchable. De notre point de vue, c’est malheureusement souvent mal interprété.
- uriner: certes certains mâles apprécient de marquer le territoire mais il peut y avoir d’autres raisons aux mictions répétées. Le chien peut le faire pour se calmer ou apaiser un autre chien ou un humain. Attention, avant de croire que votre chien veut sans cesse vous apaiser, ne négligez pas les causes les plus simples : il (ou elle) a peut-être tout simplement besoin de vider sa vessie ! Pensez bien à toujours relier au contexte d’apparition…
Vous connaissez maintenant un peu plus la signification de certaines attitudes des chiens. Pensez à les respecter et à adapter vos comportements en conséquence.
Ce que vous pouvez faire pour signifier que vous avez compris son signal :
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arrêter ce que vous faisiez | |
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vous taire (en fonction de la situation, bien sûr), sourire sincèrement | |
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détourner votre regard ou votre corps tout entier | |
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faire un signe de la main pour calmer la situation et indiquer que vous prenez la situation en charge (par exemple quand le chien aboie au passage d’un piéton près de vous) | |
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se positionner entre deux chiens qui sont attachés et se menacent (on sépare les 2 individus et on apaise la situation) ou entre ce qui stresse le chien et lui (si on sonne à la porte, faire obstacle en se positionnant calmement et en utilisant le langage corporel pour signifier qu’on prend la responsabilité des évènements) | |
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ralentir votre allure et marcher lentement | |
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approcher de biais plutôt que face au chien | |
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ne pas faire de geste brusque |
Notes :
Les chiots
les chiots utilisent les signaux d’apaisement et de communication dès leur naissance. Souvenez-vous du chiot qui lève la patte pour la poser sur vous, qui se lèche les babines, qui « mâchouille » l’air, qui aboie pour jouer avec vous. Ils ont déjà la compétence de communiquer avec les autres chiens et ils essaient de le faire de la même manière avec les humains.
Perte de la faculté de communication
Turid Rugaas explique dans quels cas il peut arriver qu’un chien ne communique plus :
ü parce qu’il n’est pas compris : à force de faire des tentatives inopérantes, il ne fait même plus d’essai
ü parce qu’il est puni lorsqu’il les produit : par exemple s’il renifle le sol et que son maître ne l’accepte pas (c’est sale, ce n’est pas joli, ce n’est pas accepté en exposition…)
ü parce qu’il est tellement stressé qu’il n’y pense même plus : les humains aussi, quand ils subissent un choc peuvent faire des choses inimaginables. C’est parce qu’ils ne peuvent plus réfléchir tant ils sont bouleversés. Les chiens aussi peuvent perdre tout contrôle et ne plus être capables de communiquer
ü parce qu’il a été coupé de tout contact avec un humain ou un chien avec lequel procéder à cet échange
Il s’agit alors de permettre au chien de recommencer à produire ces signaux. L’humain doit se taire, ne pas intervenir, laisser à son chien la possibilité d’oser à nouveau faire des tentatives. Le maître doit alors bien réagir pour ne pas retourner en arrière et inhiber ce timide recommencement.
Pour ce qui est des relations avec les autres chiens, il peut être utile de le laisser côtoyer des chiens sur une période assez longue pour qu’il ré apprenne comment les utiliser, par l’observation des autres chiens et le mimétisme.
N’oublions pas que la toute dernière chose qu’un chien peut faire, c’est mordre. Il fera tout pour l’éviter mais si l’on ne tient pas compte de ses avertissements, il y aura morsure (plus ou moins forte).
[1] Exemple : laisser un chien seul toute la journée n’est pas naturel pour lui. S’il fait des bêtises, c’est justement pour exprimer son mal-être
[2] Exemple parmi d’autres : retirer la gamelle du chien pendant qu’il mange. Aucun canidé ne fait cela dans la nature, c’est incompréhensible pour lui. Il ne faut pas s’étonner de voir le chien réagir si l’on fait cela.
[3] Voir pour plus d’informations “On Talking Terms with Dogs: Calming Signals" de Turid Rugaas
[4] Voir le chapitre concernant les émotions
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