Konrad LORENZ, l'un des fondateurs de l'éthologie
Au XVIIe siècle, Descartes pensait que l’animal était une machine dépourvue d’émotions.
A l’aube du XXe siècle, Pavlov faisait saliver ses chiens en déclenchant une sonnerie; parallèlement, des rats de laboratoire déambulaient dans les labyrinthes truqués des behavioristes.
Dans les années 1930, un jeune zoologiste, l’autrichien Konrad Lorenz, escorté d’une ribambelle de petites oies, balaya l’idée de l’animal-automate : l’animal n’était pas un simple objet mécanique, mais un être vivant qu’il fallait étudier dans son milieu naturel. Telle serait la base de l’éthologie, cette nouvelle discipline que Konrad Lorenz fonda et développa avec son collègue et ami hollandais Niko Tinbergen.
Zoologiste, médecin, philosophe et écologiste, Konrad Lorenz, prix Nobel de
physiologie et médecine en 1973, fut l’un des derniers grands naturalistes : il
aimait vivre au contact des animaux et étudiait leur comportement sans se
laisser pervertir par certains modèles métaphysiques de l’époque, tel
l’anthropomorphisme (le fait de prêter les mêmes sentiments, comportements,
moeurs humains aux animaux).
Fervent partisan de la théorie évolutionniste de Darwin et de la théorie de la
connaissance de Kant, Lorenz interpréta ses observations dans un contexte plus
général : les animaux, comme les hommes, possèdent dès leur naissance un savoir
qu’on ne peut attribuer à leur propre expérience.
Ce savoir inné, poursuit
Lorenz, a été sélectionné et perfectionné par l’évolution pour la survie de
l’espèce. Dans les années 1960, l’éthologiste se transforma en un maître à
penser, en gourou visionnaire de pensée critiquable qui mettait en garde les
hommes contre la «domestication» et luttait pour la préservation de
l’environnement. Il fut aussi un écrivain à succès, qui sensibilisa le public
aux besoins des animaux et posa les questions de leurs droits et de leur
protection.

Si Lorenz a emprunté de nombreux concepts à d’autres scientifiques, il les a
assemblés en une synthèse remarquable, ouvrant de nouvelles perspectives sur
l’étude des animaux. Sa pensée novatrice a vite fait de nombreux adeptes, et fut
aussi sujette à de nombreux débats et polémiques. Certains de ces débats ont été
dépassés, mais l’étude de la pensée de Lorenz reste incontournable à tous ceux
qui veulent se consacrer à l’étude du comportement animal.
Écrire sur la vie et l'œuvre d'une personnalité aussi riche et complexe que
celle de Konrad Lorenz expose inévitablement à la critique : des thèmes
essentiels pour certains ont été omis ou développés de manière trop
superficielle. D'aucuns jugeront la présentation des écoles classiques de
l'étude du comportement, d'Ivan Pavlov au behavioriste Burrhus Skinner, trop
caricaturale. D'autres me reprocheront d'avoir ignoré certains psychologues tel
William McDougall, que Lorenz considérait comme un adversaire scientifique
sérieux ; sa psychologie «intentionnaliste» ne m’a pourtant pas semblé jouer un
rôle aussi important que celui qu’on lui a attribué à l’époque.

Considérez plutôt ce texte comme un témoignage personnel, guidé par les
préférences et les limites de son auteur, un chercheur qui, pendant près de
trente ans, s'est penché sur l'étude du comportement et, plus particulièrement,
sur les travaux et les idées de Konrad Lorenz et de Niko Tinbergen.
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